Ma singulière rencontre avec la Ministre du handicap de la France

De : Eric LUCAS <autistasperger@gmail.com>
Date: mar. 12 déc. 2023 à 19:30
Subject: Ma singulière rencontre avec la Ministre du handicap de la France
To: <sec.ministre.cabph@social.gouv.fr>

Chère Madame la Ministre Fadila Khattabi, je tiens à vous remercier de m’avoir accordé une rencontre cet après-midi (12/12/2023), en dépit de son caractère plutôt surréaliste et malheureusement peu productif.
 
On me permettra peut-être d’en livrer, non pas tous les détails, mais du moins les plus marquants (au cas où cela pourrait intéresser une ou deux personnes dans le monde).
 
Vu le caractère « torturant » de mes innombrables tentatives, depuis environ 7 ans, pour établir un dialogue permettant de dissiper enfin les malentendus et d’accomplir enfin certaines diligences utiles (aussi bien à titre personnel qu’à titre associatif), je suppose que c’est une sorte de « sur-ras-le-bol » de ma part qui a fait que je me suis rendu dans votre Ministère, cet après-midi donc.
 
Par chance, dès que je suis entré, je vous ai reconnue de loin, car vous étiez debout occupée à faire je ne sais quoi dans l’un des nombreux « box » occupés par diverses personnes.
Je me suis donc approché, mais alors vous aviez mis un masque chirurgical blanc, et j’ai cru m’être trompé de personne. 
J’ai tout de même dit « Bonjour Madame, je cherche à parler à Madame Fadila Khattabi », et là, cette personne m’a dit – non sans un certain humour – « Vous l’avez devant vous ».
Vous avez retiré votre masque et j’ai vu que c’était vrai.
 
Puis (j’abrège les détails) vous m’avez laissé vous accompagner jusqu’à la porte de votre bureau, une grande porte double, capitonnée.
Je voyais que, comme vous alliez m’inviter à entrer, d’autres gens autour semblaient inquiets, et je suppose que c’est parce que dans les croyances confuses et erronées qui servent de certitudes à « l’Administration française », il paraît que je suis « dangereux ».
Peut-être qu’il se sont dit que vous n’étiez pas au courant.
 
Toujours est-il que vous m’avez fait entrer, dans ce bureau très grand, tout en cuir beige (un peu comme celui de la Vice-Consule de Tunis en 2004, ce qui fut la dernière fois où on m’a autorisé à entrer dans un bureau d’un « dignitaire » de l’Administration française – si on n’excepte – plus récemment – Rio de Janeiro, mais là ça ne compte plus, c’est presque pour rire, depuis le temps que les limites de la décence ont été explosées).
 
Il y avait de grandes fenêtres, tout était de style ancien, et il y avait de la verdure à l’extérieur (comme un grand parc), ce qui faisait penser à un endroit comme l’Elysée plutôt que votre Ministère (que je suppose moderne).

Mais bref, vous vous êtes assise à votre bureau et vous sembliez très occupée, la tête penchée sur vos dossiers, sans me regarder.
C’était déjà bien de m’avoir accepté là, et moi, j’ai horreur de déranger.
 
D’autre part, vu le cauchemar administratif que je vis depuis depuis plus de 30 ans, en entrant dans ce bureau j’ai été quelque peu débordé par l’émotion, j’avais envie de pleurer (sans doute parce que ça faisait « remonter » un peu et « en bloc » tous les supplices administratifs injustes endurés), mais j’ai réussi à éviter la crise de larmes.
C’est vrai que c’est arrivé tellement souvent, de pleurer, et ça ne sert à rien du tout. (A part pour qu’on me tende un gobelet en plastique blanc avec de l’eau en guise de toute solution, ce qui est encore plus horripilant, donc il vaut mieux éviter.)
En plus, comme dit plus haut, je ne voulais pas déranger ni créer de scandale, mais juste me faire entendre, et surtout, me faire comprendre.
 
Je me disais, maintenant que je suis face à elle, et qu’elle ne semble pas totalement hostile à l’idée de m’entendre, je vais ENFIN pouvoir parler autrement que « dans le désert », et elle va forcément comprendre.
C’était donc évidemment très émouvant, depuis le temps que j’attends ça, et surtout vu que je pensais que ça n’arriverait jamais (vu l’ambiance dans ce pays).
 
Mais donc la situation était tout de même délicate, car vous sembliez ne plus percevoir ma présence, et en plus, je ne trouvais pas où m’asseoir. En effet, il n’y avait que deux ou trois chaises de type « cuisine » (mais tout de même avec une assise matelassée), et ces chaises avaient des pieds métalliques tubulaires, or quand j’essayais de placer une chaise à un endroit approprié, il y avait toujours au moins un ou deux pieds qui s’enfonçaient dans la terre sablonneuse.
(Je sais bien qu’il est étrange d’avoir de la terre dans un bureau, mais comme dit plus haut il y avait une sorte de jardin tout proche, et mes souvenirs sont ici un peu entremêlés. D’ailleurs, tout ce qui s’est passé était assez surréaliste – il faut bien en convenir – mais je n’invente rien du tout, je ne fais que relater mes souvenirs.)
 
Concernant ce problème de chaises, il faut comprendre que pour moi en tant qu’autiste il est tout à fait inimaginable de m’asseoir sur une chaise pas droite et pas stable. Chez moi tout est droit et aligné et harmonieux, et partout où je vais je dois mettre les choses droites avant de m’asseoir (tables, tableaux etc.).
La seule exception récente, c’était au domicile de l’Ambassadeur du Népal (appelé « Résidence ») ici au Brésil : il y avait un tableau pas droit au mur, mais tout le reste était parfait, et il aurait été totalement inconvenant que j’en fasse même la remarque.
De toute façon, il a été tellement gentil avec moi (ce qui – pardon – change beaucoup de la France) que l’idée ne m’a même pas traversé l’esprit, et puis quand on n’est pas torturé les petites imperfections passent mieux.
 
En plus – j’ai oublié de le préciser – ces chaises étaient non pas face à vous, mais plutôt sur le côté et à environ trois  mètres, donc c’était délicat car je ne voulais pas vous « forcer » en déplaçant une chaise pour m’asseoir en face de vous.
Et en plus, c’était un peu compliqué car les portes intérieures restaient ouvertes (heureusement, vu que je suis « dangereux » hein), et je voyais une autre personne (un homme) lancer depuis son bureau des regards mi-inquiets mi-soupçonneux. Donc il fallait que je m’assoie dans un endroit visible par lui, et pas caché par des piliers ou murs.
 
Mais c’est à ce moment-là qu’est arrivé un type, assez excité et légèrement haletant et en sueur, qui vous a lancé « Qu’est-ce qui s’est passé ?? ».
Il ressemblait un peu au « barbouze » bien connu nommé Benalla, mais en plus mince et moins jeune.
Peut-être que c’était une sorte d’agent de sécurité.
Bref, de toute façon d’autres personnes sont arrivées en lui disant qu’il n’y avait aucun problème, et ils sont tous partis, mais il l’a fait à contrecœur et je l’ai même entendu dire, dans un émetteur-récepteur, « Grave incident… ».
(Ca me fait un peu penser au comportement du chef de la sécurité de l’aéroport LYS, alors que je n’avais RIEN fait, mais ils avaient *imaginé*, comme d’habitude.)

Je me disais « Grave incident quoi ? J’ai rien fait j’ai rien dit ! ».
(Et ça, ça me fait penser aux mauvais traitements ubuesques qui m’ont été faits par les hôpitaux publics français, toujours avec le vieux prétexte éculé d’une prétendue « dangerosité » de ma part, alors qu’en réalité, il n’y a rien du tout, c’est juste dans les fantasmes et les circonvolutions hasardeuses et viciées qui leur servent de cerveau.
Ah par contre, « dangereux pour leur certitude d’être des demi-dieux infaillibles », ça oui…)
 
Enfin bref, cette petite interruption a tout de même eu un mérite, car je me suis enhardi à déplacer une de ces chaises face à votre bureau, et je me suis assis.
Je vous ai dit quelque chose comme : « Vous avez vu comment ça se passe avec moi ? On a eu un exemple sous les yeux. Alors que j’ai rien dit j’ai rien fait. Tout ça est super maltraitant et désespérant, depuis tout le temps que ça dure ».
 
Et là vous avez semblé prêter attention, et vous m’avez dit quelque chose comme « Oui, ça doit être désespérant, surtout avec des gens comme ça qui vous bloquent sans raison ».
J’ai répondu, avec un léger sourire, que j’étais tout de même un peu plus fort que ça, c’est à dire pour expliquer que ce genre d’inconvénients ne me désespère même plus.
(Remarque : Ca ne paraît pas très logique en l’écrivant maintenant, mais sur le moment il y avait une logique, sauf que je ne me souviens pas de tout.)
 
Et vous m’avez dit que vous non plus vous n’aviez pas compris ce qui s’est passé. Puis vous avez ajouté que cette personne devait « avoir peur pour sa place », ou quelque chose comme ça.
(Même remarque que précédemment, car soit vous n’avez pas compris, soit vous savez pourquoi ce type a fait ça, mais sur le moment il y avait une logique, sauf que je ne me souviens pas de tout.)
 
Je n’ai pas très bien compris, car moi je ne veux prendre la place de personne, mais enfin bref de toute façon, peu importe, ce genre de choses, pour moi c’est de la routine.
 
Ensuite, nous étions en train de marcher, et j’ai enfin pu commencer à vous dire des choses « utiles ».
J’ai tout de suite commencé en parlant d’autisme, en vous disant que chaque fois que je dis ces choses, les gens trouvent ça très intéressant, et que même si – bien sûr – je ne comprends pas *tout* dans l’autisme, c’est toujours utile et instructif d’entendre ce que j’ai à dire.
 
Vous sembliez écouter (en fait, avec le recul, je n’en suis pas si sûr, et pardon de vous le dire).
En même temps, vous faisiez des choses, vous remettiez en place des choses mal rangées, des portes mal fermées etc.
Je me disais quelque chose comme « C’est bien, elle corrige des choses que les autres ont mal faites ».
Je me suis rendu compte que nous étions en train de parcourir une sorte d’internat ou d’établissement (vide de ses résidents), ce qui d’ailleurs me rappelle maintenant les deux ans que « la France » m’a fait « vivre » dans l’un de ces endroits quand j’étais enfant, ce dont je me serais TRES TRES BIEN passé (euphémisme !).
 
J’avançais et je vous disais ce que j’avais à dire (qui intéresse TOUJOURS, hors de la France), mais à un moment j’ai vu que vous m’aviez faussé compagnie, étant entrée dans un autre couloir. 
Je suis donc revenu en arrière (on me dit « pénible » alors que je suis « persévérant », ce qui est une qualité), et au moment de vous suivre là, heureusement que je me suis rendu compte que c’était une sorte d’aile réservée aux filles, donc évidemment je ne suis pas entré.

Je me suis dit que c’était pas un problème et que j’attendrais dehors, sur le chemin du retour pour votre bureau.
(Après tout, attendre pendant même une heure, c’est rien par rapport à 7 ans.)

Je suis donc sorti.
Et puis, c’est là que je me suis réveillé, et que j’ai compris que tout ça n’était qu’un rêve.
J’avais fait un somme, à cause de la chaleur. Il était 17h.
 
Cependant, même si ça n’est pas arrivé dans la « vraie réalité », et même si dans cette « rencontre rêvée », en fait je ne suis même pas sûr que vous m’ayez entendu, peut-être que c’est « un peu moins non-constructif » que d’habitude, que toutes mes tentatives personnelles et associatives, qui invariablement se cognent au mur de l’indifférence administrative française (métaphore polie pour tenter d’éviter la prétérition qui aurait consisté à mentionner l’Hydre Administratif Français).
 
Merci donc pour cette « rencontre », qui – je l’espère – ne fut pas trop difficile ni chronophage pour vous.
 
Merci à la personne ou aux personnes qui ont peut-être lu ce « compte-rendu de réunion ».

Eric LUCAS
Victime de la France
12/12/2023

 

Autiste CIM-11 6A02.0 à haut potentiel altruiste
Martyr de l’Aboministration Française

Rescapé de la psychiatrie publique française et de ses médesinges – Martyr Administratif Français depuis 1994
Torturé en 2002-2006 par le Ministère des Aff(ai)res Etrang(èr)es de la France
Fondateur de AllianceAutiste.org, Autistan.org et Autistance.org en 2014
Demandeur d’asile auprès de la République fédérative du Brésil depuis 2017
Usager-Expert en Troubles et Sévices Administratifs Français

EricLucas.org

« (…) aux personnes en situation de handicap (…), je veux ici dire très solennellement que la République sera toujours à leurs côtés et qu’à chaque fois qu’il y a une difficulté, une impasse, une épreuve, qu’ils n’ajoutent pas une forme de culpabilité, à ce qu’ils vivent : c’est la nôtre de culpabilité, pas la leur. Eux, ils ont à croire dans leurs rêves. Votre différence, ça n’est pas celle que nos regards, trop habitués aux normes, croient voir. Votre différence, c’est votre potentiel. » –  Emmanuel MACRON, 11/02/2020