Le cauchemar du dernier arbre (avec la télé et l’Adminabilistration)

Voilà ce qui s’est passé cette nuit (entre diverses autres péripéties).
(Ce ne sont que quelques bribes, quelques souvenirs ; la « réalité de mon rêve » était nettement plus complexe, et je ne parle même pas des autres de cette nuit.)

J’avais accepté de m’accrocher à une corde avec les mains, pour monter, le long d’un arbre (la corde montait, j’avais juste à rester accroché).

Un arbre au tronc assez mince et pas très rectiligne, avec une écorce grise et fine, et je n’ai pas le souvenir de branches, ou sinon, chétives, et sans feuilles.

Comme cette ascension durait assez longtemps, j’avais mal aux mains. J’ai essayé de faire une sorte de noeud avec la corde, pour ne pas tomber (je n’avais pas peur de tomber, toutefois), mais j’avais toujours mal.

A un moment, ça s’est terminé, avec deux branches horizontales, un peu comme un homme (sans tête) étendant les bras, et j’ai donc pu me reposer sur la branche de gauche.

Et l’arbre m’a dit « Je suis le dernier arbre ».
(Plus précisément, il m’a dit « Je suis le dernier arbre sans tête », mais ça ne veut rien dire, et ça doit être dû au fait que le sommet ressemblait (par sa forme) au tronc, aux épaules et aux bras d’un homme, mais sans la tête. Et aussi au fait qu’il me parlait, mais sans tête, ce qui « interpelle » forcément, si je puis dire.)

Juste après, un homme est arrivé, en bas. Age moyen, taille moyenne, un peu bedonnant, habillé de sombre, avec un chapeau sombre. Il avait l’air très sûr de lui, et vaguement souriant.
Moi dans l’histoire j’étais déjà revenu au niveau du sol.

Apparemment, il venait pour « vider l’arbre » (ou quelque chose comme ça).
Il a branché une sorte de machine au pied de l’arbre, dont je n’ai aucun souvenir à part 4 prises USB.

Puis l’arbre a commencé à se « vider ». Il y avait un afficheur avec des LED. Environ 1 ou 2 mètres de haut, directement sur le tronc. Au début, les LED étaient vertes puis ça a commencé à baisser (comme un afficheur de niveau sonore) puis elles sont devenues rouges.

Juste après, j’étais en train de taper, en faisant « voler » horizontalement une sorte de très gros marteau, d’au moins 1,8 m de long, à bout de bras, d’un côté puis de l’autre, comme une sorte de balancier horizontal.

D’un côté, à gauche vers l’arbre, je ne me souviens plus sur quoi ça tapait. Peut-être sur la machine.

Et à droite il y avait une télé, genre écran plat, assez grosse, et c’est surtout de ça dont je me souviens.
Cette télé (qui était en fonctionnement) était elle-même protégée dans une sorte de coffre avec une vitre blindée devant. Epaisse et solide la vitre. Un peu comme la protection de « La Joconde », mais en plus grand.

Donc je tapais, d’un côté puis de l’autre, le plus fort que je pouvais.

Je me souviens maintenant, en écrivant ça, que j’avais « la rage » ; j’étais vraiment très « enragé » contre cette télé, et très férocement décidé à la détruire. C’était une sorte d’évidence, vitale.

Au bout d’un moment, la vitre blindée a commencé à se fêler et à s’enfoncer, et il me semble bien que je suis parvenu à fracasser la télé, mais je n’ai pas le souvenir précis de cela.

Pendant que la vitre commençait à se fêler, des gens (ou des voix) me disaient que je devais arrêter, que j’allais finir par casser la télé, que c’était « dangereux », bref que je faisais quelque chose qu’il ne faut pas faire. Des reproches.

Très vite, des infirmiers / médecins / bureaucrates sont arrivés, et je me suis immédiatement retrouvé dans un de ces cauchemars de l’hospitalisation de force, que je fais parfois. C’est vraiment horrible.

L’impression d’avoir fait un truc qu’il ne fallait pas, d’être fautif, coupable, défectueux, une sorte de sale type en fait. De quasi criminel. Objet de plein de reproches et de condamnation de la part des « gens autorisés » : les fonctionnaires, les bureaucrates, ceux et celles qui sont derrière leur bureau, et qui te disent ce qui est bien et ce qui est mal.

Eux ils savent, ils sont normaux, ils ont raison, et toi tu es condamné à avoir tort face à eux, toute ta vie. Et sans possibilité de discuter. (Là c’est pas mon cauchemar, c’est la réalité.)

Dans un autre cauchemar de ce type (en dormant), ces gens m’avaient emmené, dans une sorte de fatalité que je ne pouvais qu’accepter (car tant que tu n’acceptes pas leur toute-puissance, ils ne te lâchent pas), juste parce que j’avais eu le malheur de demander un truc qui n’existe pas, ou d’expliquer une idée « trop compliquée » dans un grand magasin de bricolage.
Il y avait une histoire de vis, j’avais dû demander une vis avec une tête ou une forme « non standard » donc « qui n’existe pas » et donc j’étais « hors des clous » (si j’ose dire), et donc forcément un dingo, donc à enfermer, automatiquement.
Les infirmiers étaient arrivés rapidement et j’avais obtempéré sans résistance (comme toujours d’ailleurs, même lors de mon incarcération dans la vraie vie), et même en admettant ma « faute ».

Mais là, casser la télé, c’était vraiment grave.
J’avais la sensation, la certitude même, d’avoir fait une très très énorme connerie.

Evidemment, maintenant, en étant réveillé, je me rends compte que c’est tout de même pas si grave.
Mais dans ce cauchemar, j’avais vraiment fait un truc abominable.
Cette sensation est peut-être due au fait que, en 1994, j’avais « pris » pour 15 mois de séquestration administrative, alors que le seul acte « violent » que j’avais fait était d’avoir jeté un téléphone au sol (sans viser quiconque évidemment).
Vraiment pas de quoi fouetter un chat, me direz-vous, et même, rien de cassé (sans quoi on m’aurait demandé de payer, je présume).
Sauf que c’était dans un hôpital : sacrilège ! C’est un peu comme si j’étais allé en Corée du Nord et si j’avais dessiné des moustaches sur une affiche de Kim Jong chose.

Donc, la clairière avait rapidement fait place à un univers administratif (couloirs, bureaux, secrétaires, infirmiers etc.), et j’étais VRAIMENT dans la merde ! C’était vraiment grave, je peux vous dire.
D’ailleurs, les gens (infirmiers etc, fonctionnaires réprobateurs) étaient assez silencieux (comme toujours, en fait), dans une sorte de solennité face à une situation aussi sérieuse.

Vous savez, comme quand les « gens normaux » comprennent soudainement que tu es « dangereux » (parce que tu as fait un truc qu’ils ne pigent pas), et affichent un visage « figé », avec les yeux un peu écarquillés pendant quelques secondes. Et toujours mutiques. (A mon avis, parce qu’ils ne savent pas quoi faire, mais aussi par peur que le « dingue » ne fasse un « passage à l’acte », comme ils disent).

Bref, j’étais dans une situation… Comment dire, c’est bien pire que l’angoisse… C’est un peu comme quand tu te fais agresser: la réalité, la vision, le temps, tout ça change, tu passes dans une sorte de réalité parallèle, où la logique et le bon sens n’existent plus, et où tu dois te soumettre aux lubies d’autrui. Le truc totalement débile.

Et en même temps je me disais que j’étais con, parce que je connaissais bien ce risque (d’être attrapé et hospitalisé de force), pour être déjà tombé dans ce piège en 1994.

En plus, une dame (fonctionnaire) m’a dit quelque chose comme « en plus vous étiez en sursis » ou « à l’épeuve » (un truc comme ça), donc « pourquoi vous avez fait ça ? ».
L’impression d’avoir fait LA connerie qu’il ne fallait pas faire, et qui allait ruiner ma vie.

Le problème, c’est que je n’ai pas pu m’en empêcher, que je n’ai pas pensé au danger du jugement social, de l’hospitalisation sous la contrainte etc, parce que dans la situation (de l’arbre et de la télé), ce risque n’était pas présent dans mon esprit : il n’y avait que des choses très réelles et très importantes : l’arbre d’un côté, et la télé de l’autre.
Et il y avait vraiment nécessité absolue, urgente, implacable, de détruire la télé.
Dans un tel cas impérieux, rien d’autre ne compte.

Même en étant bien réveillé maintenant, j’ai encore une pensée du style « comment pourrait-on ne pas vouloir casser une télé ? »…
Ca me semble un « réflexe naturel ». Et en fait, justement, ça l’est…
(Une sorte de « défense de la Nature » : pas seulement une question « environnementale » ou « verte », mais une question de défense de la Vie tout court – sujet majeur ce que j’aborde sommairement ici).
(Note : je vois qu’il n’y a plus de site à cette adresse, mais je n’ai pas assez d’argent pour payer tous les renouvellements d’hébergement etc. De toute façon tout le monde s’en fout.)

Mais bon, c’était trop tard, et j’étais maintenant aux mains des fonctionnaires. Tellement dans la merde jusqu’au cou, et en connaissance de ce qui m’attendait, que j’étais relativement pétrifié, voire presque placide. En fait, on ne peut rien contre ces gens, et plus tu te débats, plus ils « s’occupent » de toi.
Et puis, vu que j’ai déjà vécu ça en vrai, et que ça revient de temps en temps sous forme de cauchemars variés, il doit y avoir une sorte d’habituation. Même si ça reste toujours aussi horrible et terriblement angoissant. Mais ce qui est le plus important, c’est de rester calme, et de ne surtout pas montrer ta révolte. Sinon au moindre truc ils te font des « injections » etc. C’est pour ça que tu dois jouer le rôle de la méga-soumission docile avec ces gens, car c’est le seul moyen de s’en tirer sans trop de dommages.

Donc un sentiment de fatalité, d’impuissance, de résignation obligatoire, immenses et infinies.
Comme si, même en connaissant ce danger, et en faisant tout pour l’éviter, de toute façon j’étais « voué », condamné, à retomber tôt ou tard dans les griffes de ces « machines humaines ». Ou humanoïdes, plutôt.

Je me souviens que dans le rêve, à ce moment, j’ai eu comme une vague réminiscence ou pensée, qui me disait que tout ça n’était pas obligatoire ou inévitable, que si je n’étais pas en France ça n’arriverait pas…
Et donc il me semble que j’ai eu une sorte de vague et bref « désir » ou « espoir » d’être comme « téléporté » hors de la France, comme par magie, ce qui évidemment aurait instantanément réglé le problème.

Mais comme j’étais déjà englué (« dans la réalité de ce rêve ») dans cette situation horrible, médico-administrative, sans le moindre recours, sans la moindre possibilité de me défendre (c’est ça le pire, le plus insupportable), eh bien cette idée « magique », ce « si seulement… » n’est pas resté très longtemps dans ma pensée.

Je peux vous dire que c’était vraiment horrible. Mais je ne trouve pas de mots assez forts pour le décrire.

A un moment, il y avait un bureau, avec une dame derrière (une fonctionnaire donc), qui avait l’air plutôt bienveillante.
Il y avait des papiers, des formulaires, me concernant.
Pour deux trucs (deux papiers), elle me disait que c’était OK, d’un air comme si on allait finalement résoudre le problème (mais sur un malentendu, car elle n’avait pas l’air de se douter que j’étais « condamné » – en fait les papiers concernaient un autre truc administratif, mais ça permettait de sortir).
Mais finalement elle m’a demandé un papier que je n’avais pas, et là elle m’a dit que malheureusement « c’est pas possible » (les autistes et les « familles avec autistes » connaissent la musique).

Et à partir de là je ne me souviens plus de rien.
Sans doute parce qu’il n’y avait plus le moindre espoir de s’en sortir, et j’ai l’impression qu’à partir de là, c’est tellement horrible que même dans les cauchemars je ne peux pas y penser. 

Voilà.

Ensuite, au réveil, évidemment j’ai réalisé que je suis loin de la France, et que donc je suis protégé de cette saloperie.

En écrivant ces lignes, je me rends compte que mes premières pensées au réveil étaient « ouf, je suis au Brésil, loin de la France », et non pas « ouf, c’était juste un cauchemar » (ce qui est logiquement la première pensée qui devrait venir).
Parce que, en fait, certes c’était juste un cauchemar, mais si on enlève l’histoire de l’arbre (et de la télé), le reste était presque du « déja vécu ».
Ce que je veux dire par là, c’est que normalement, un cauchemar (fait quand on dort), c’est un truc très horrible, fantasmagorique, qui ne peut pas arriver dans la réalité, alors que là ce que j’ai « vécu » cette nuit, à partir de l’arrivée de « l’ordre médical » (après avoir cassé la télé), ce sont des choses très semblables à ce que j’ai vécu en vrai.
Donc c’est plutôt de l’ordre du souvenir, que de l’ordre du « cauchemar-ouf-c’est-juste-un-cauchemar-qui peut-pas-arriver-en-vrai ».
Donc ça ne fait pas de sens, de se dire « ouf c’était juste un cauchemar » dans l’idée que ça ne pourrait pa arriver en vrai, puisque c’est déjà arrivé. Donc la première pensée, rassurante, c’est de se savoir à l’abri.

En effet, le plus important, c’est pas le cauchemar lui-même, ni tout ce que j’explique (séquestration, injustice), mais le fait d’être protégé de contre ces aberrations, donc de vivre loin de la France.
Vivre dans un endroit où ça peut arriver facilement, ou vivre dans un endroit où ça ne peut pas arriver : la différence est de taille ! Et le choix, très facile.

Au Brésil, c’est simple : même en imaginant que sur un malentendu je me retrouve dans une telle situation (à l’hôpital), ça ne pourrait jamais durer longtemps, déjà parce qu’au Brésil on peut se défendre avec la loi, mais aussi parce que personne ne va payer pour te « garder » dans un hôpital pendant des semaines ou des mois, d’autant plus que ça ne sert à rien. Ils ont mieux à faire. En France, une journée en hôpital psychiatrique est facturée autour de 1000€ (!), et la « sécu » paie rubis sur l’ongle, d’où les dérives qu’on connaît, et la protection acharnée du saint grisbi par les « élites » médico-administratives, les confréries etc.

Pendant environ une heure au réveil j’étais mal à l’aise, comme « angoissé », ou « pas bien ».
Pourtant, je vis à 9000 km du cloaque médico-administratif, et ma séquestration s’est produite il y a 25 ans.

Mais ce n’est pas effacé. Comment est-ce que ça pourrait l’être, puisque l’injustice de la chose est toujours là, totalement inchangée, depuis cette époque ?…

Voilà, merci de m’avoir lu.
Le fait de partager, même avec des inconnu(e)s, ça soulage un peu.

Cependant, soulager c’est une chose ; mais obtenir la reconnaissance de ses fautes (médicales et autres) par cette Adminabilistration, c’en est une autre.

Jamais je n’accepterai d’être piétiné par des abrutis, ni qu’ils le fassent sur d’autres humains vulnérables.
Vraiment une sale bande de minables.

Eric LUCAS